« […] car ceux qui observent saintement les choses saintes seront reconnus saints » (Sagesse 6, 10)
Me voilà obligée de vous décevoir en vous apprenant que malgré le nom de ce blogue, non, je ne suis même pas sacristine pour vrai! Mais il fallait bien que je parle de ce métier, qui concentre en lui-même, en quelque sorte, l’ensemble du patrimoine religieux : matériel (le sacristain prend soin des objets et des lieux sacrés) et immatériel (savoir-faire traditionnel qui se transmet oralement, connaissance des rites, etc.). Pour me renseigner, je me suis entretenue avec trois personnes qui occupent ou qui ont occupé cette fonction.

Définition de tâche
Ça fait quoi au juste, un sacristain ou une sacristine? Essentiellement, cette personne doit voir à la tenue de la sacristie, lieu où est conservé le nécessaire à la pratique du culte (vases sacrés, ornements liturgiques, linge d’autel, etc.) et s’assurer du bon déroulement des célébrations[1]. Il peut s’agir, par exemple, de veiller à la propreté des chasubles et des aubes portées par les prêtres et servants de messe, de disposer correctement les objets dans le sanctuaire avant une cérémonie, d’arroser les fleurs décorant l’église, de changer l’eau des bénitiers, d’organiser le rangement dans les nombreuses armoires du meuble de sacristie…
Toutefois, dans la pratique, ces tâches constituent environ vingt pourcents du travail réel! Aujourd’hui, les sacristains assument bien souvent les tâches autrefois assignées au bedeau, c’est-à-dire l’entretien ménager des lieux, la maintenance et la réparation du matériel, etc. Selon le frère Michel Proulx – membre de la communauté des Pauvres de Saint-François qui a été sacristain à la basilique Notre-Dame-de-Québec dans sa jeunesse -, un sacristain n’est ni plus ni moins qu’un homme à tout faire! En cette qualité, il doit aussi bien être capable de changer une serrure, d’accueillir les fidèles et de répondre à leurs questions, que de savoir où placer le missel quand monsieur le curé Untel célèbre la messe.
Le sacristain ou la sacristine sert donc le Seigneur autant en touchant aux choses les plus sacrées – destinées au Saint Sacrifice de la messe – qu’en s’occupant de choses très terre à terre : un dégât dans les toilettes, découvrir des individus cachés dans les confessionnaux avant la fermeture de l’église… Frère Michel m’a même confirmé une rumeur très répandue : c’est vrai que les sacristains détestent les confettis lancés lors des mariages, car ce sont eux qui doivent les ramasser!
D’un lieu de culte à l’autre : pas pareil
Les tâches du sacristain varient aussi en fonction du lieu. Un sanctuaire marial national, une immense basilique, une cathédrale ou une petite église paroissiale n’exigent pas le même genre de travail. Plusieurs spécificités propres à l’église particulière demandent en effet une certaine souplesse. Et comme me le faisait remarquer le frère Michel, il n’existe pas de normes absolues ni de code de déontologie pour ce métier; certains, comme lui, jugeraient opportun d’offrir davantage de formation aux gens concernés, par exemple lors d’un congrès organisé par un évêque.
Ma belle-mère Élise Frigon, sacristine bénévole au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, souligne qu’un tel endroit a besoin des services d’une bonne équipe de volontaires. Les deux lieux de culte du site (la basilique et la petite chapelle), les événements ponctuels et les nombreux pèlerins nécessitent une grande disponibilité et de la flexibilité de la part des personnes qui y travaillent. Par exemple, des groupes de visiteurs arrivent souvent à l’improviste, accompagnés de leur prêtre, et décident de célébrer une messe à une heure inhabituelle. Les sacristines doivent bien souvent assumer le rôle de servant de messe, faire les lectures, et exécutent aussi différentes tâches entretenant la vie spirituelle des lieux, comme réciter le chapelet quotidien avec les fidèles.
Dans certains lieux de culte, la gestion des touristes peut aussi accaparer du temps. Peut-on avoir une visite guidée? Est-ce possible de monter au jubé? Que signifie ce tableau? Des gens viennent aussi s’informer à propos des sacrements (baptêmes, mariages), des funérailles, de la catéchèse…Le sacristain doit être capable de référer à la bonne personne : prêtre, évêque, recteur de la cathédrale, agent de pastorale, secrétaire. Autre difficulté : aujourd’hui, les lieux de culte offrent souvent leur espace en location, ou accueillent des événements profanes de tous genres (concerts de musique, festivals, soirées de poésie, cocktails, etc.). Le sacristain, en bon gardien des choses saintes, se voit alors un peu bousculé dans ses habitudes, c’est le moins que l’on puisse dire. Il doit être conciliant tout en ne permettant aucune profanation ou sacrilège.

Un métier pour se sanctifier
N’est pas sacristain ou sacristine qui veut : le travail, difficile à bien des égards, requiert des qualités rares. Il faut être ordonné, minutieux, avoir de l’entregent et être patient – tout le monde parle au sacristain et l’accable de demandes, de questions – tout en faisant preuve de débrouillardise quand un problème survient. Le frère Michel n’y va pas de main morte : « Il faut un homme parfait! »
Mais surtout, il faut avoir la foi…une grande foi. On ne néglige pas le service du Seigneur et de sa maison quand on l’aime de tout son cœur! Pour Raphaël Marcotte, nouvellement sacristain à la cathédrale de L’Assomption de Trois-Rivières, ce travail est certainement un excellent moyen de se rapprocher de Dieu et d’approfondir sa foi. Pour ce jeune père de famille, le fait de travailler dans une église tous les jours impose naturellement (ou surnaturellement?) une retenue par rapport à nos mauvais penchants. Quand on baigne dans les choses saintes, les paroles vulgaires ne franchissent pas nos lèvres, les gestes deviennent plus réfléchis. Bref, on a envie d’être saint. « Pourtant, on sait que Dieu nous voit partout, mais ici, c’est comme s’il nous regardait plus! »
Saint Constant, priez pour nous!
Pour s’aider, les sacristains et sacristines peuvent prier leur saint patron : saint Constant. Sacristain de l’église Saint-Étienne d’Ancône en Italie au Ve siècle, il entretenait les lampes du sanctuaire. Un jour qu’il manquait d’huile, il remplit les lampes avec de l’eau, et suite à ses prières, les lampes brûlèrent toute la journée!
Quant à nous, la prochaine fois que nous assisterons à une messe, ayons une pensée et prions pour celui ou celle qui a préparé les lieux et les objets permettant la célébration de ce grand sacrement : l’Eucharistie, « source et sommet de toute la vie chrétienne » (Lumen Gentium, Concile Vatican II).
[1] http://www.ipir.ulaval.ca/fiche.php?id=1083

3 Commentaires
Raphael Marcotte
19 janvier 2025 à 19 h 20 minMerci beaucoup Agathe pour cet exposé de nôtre travail peux connu! Je n’aurai pas mieux expliquer que toi ce en quoi consiste ce privilège que d’occuper cette fonction. Une chose que je n’ai pas eu le temps dire lors de mon interview est que tout comme les attentes vis-à-vis un sacristain diffère dépendamment de où il exerce, les services qu’un sacristain offre diffère dépendamment de ses charisme. Par exemple moi je lis beaucoup alors j’ai beaucoup plus de livres que d’espace de rangement alors j’ai en tout temps dans mon bureau une réserve de livre destiné aux fidèles ou future confirmant qui se questionne. Une cherche ou acheter une bible? Je ne lui dirai pas où en acheter une , je la lui donnerai! Un vois sa foi vaciller a cause des accusation de protestant qui se lâche lousse sur twitter? J’ai un livre de Trent Horn pour lui! Aussi le travail ne s’arrête pas après mes 7h00 quotidienne car sur la rue les fidèles me reconnaisse et m’apostrophe pour une information ou une prière d’intercession en leur faveur et qui suis-je pour dire -bon mon chiffre est fini! J’ai laissé Dieu dans mon tiroir…! Non bien sûr que ça me fait plaisir de prier pour messieurs mesdames qui en ont besoin ou de m’arrêter a l’épicerie pour écrire l’horaire des messes pour m. Grenon ou m. Boulanger ( nom fictif) ! Bref c’est un privilège que de servir Dieu de mes humbles moyen et par le fait même vous servir aussi. Ne sommes nous pas unis dans la foi et frère et soeur en Jésus Christ notre Seigneur et sauveur?
Agathe Chiasson-Leblanc
19 janvier 2025 à 21 h 57 minMerci Raphael pour ton dévouement! Oui, nous sommes tous frères et soeurs en Jésus Christ!
Nobody
24 septembre 2025 à 14 h 52 minJe suis sacristain depuis 3 jours.
Quel joie ☺️
Merci pour votre article 🙏