Patrimoine du Québec

Les valeureux chevaliers

Si vous avez grandi au Québec dans un univers « culturellement catholique », vous avez sûrement eu un oncle, un grand-père ou un voisin membre des Chevaliers de Colomb. Ces derniers, actifs chez-nous depuis le tournant du XXe siècle, ont toujours semblé faire partie du décor. Mais que savons-nous vraiment de cette organisation?

Ça mange quoi en hiver, un chevalier en 2026? S’agit-il d’un simple club social pour hommes? Quel lien entretiennent les membres avec l’Église catholique? Le groupe est-il enfoui sous les boules à mites avec les autres éléments de notre patrimoine, ou encore vigoureux? Je me suis intéressée à cet ordre mystérieux, et il s’avère qu’il est bien vivant, bien catholique, et qu’il attire même des jeunes!

Pour la veuve et l’orphelin 

L’abbé McGivney. Source : Wikipédia

L’Ordre des Chevaliers de Colomb est fondé en 1882 à New Haven, Connecticut, par un jeune prêtre descendant d’immigrants irlandais : le bienheureux Michael J. McGivney, qui a par ailleurs étudié dans des collèges classiques du Québec. Témoin de l’ostracisation des immigrants catholiques aux États-Unis, l’abbé McGivney souhaite notamment venir en aide aux veuves et aux orphelins catholiques, sans ressources et à risque de se fondre dans la masse protestante pour mieux s’intégrer. Il met donc sur pied un ordre initiatique et fraternel masculin, laïc tout en étant au service de l’Église, afin de bâtir un réseau d’entraide pour ces familles. Ceci est à l’origine du fameux service d’assurance-vie des Chevaliers de Colomb, dont les membres bénéficient encore de nos jours.

Et pourquoi appeler le groupe « Chevaliers de Colomb »? Face à la méfiance des patriotes américains envers la minorité catholique, le nom rappelle les origines européennes et catholiques du découvreur de l’Amérique, Christophe Colomb. Comme quoi les immigrants « papistes » sont d’aussi bons citoyens que les autres, prêts à défendre le pays…

Rapidement, le mouvement essaime un peu partout aux États-Unis, mais aussi au Canada. Dès 1897, un conseil est fondé à Montréal, puis à Québec deux ans plus tard. Le conseil de Trois-Rivières, créé en 1905, fêtait l’an dernier son 120e anniversaire. Les chevaliers sont aujourd’hui présents dans une quinzaine de pays, et comptent plus de deux millions de membres, dont environ 75 000 au Québec. Ce n’est pas rien!

Le conseil 1001 de Trois-Rivières a fêté son 120e anniversaire en 2025 (Merci à Raphael pour la photo)

Un vrai chevalier se met au service du prochain 

L’Ordre est guidé par quatre principes qui en sont les piliers : charité, unité, fraternité et patriotisme. Les membres s’investissent bénévolement afin d’amasser nourriture, vêtements et autres ressources, principalement pour les familles démunies et les femmes enceintes. Car la famille et la vie (de la conception à la mort naturelle) sont au centre de leurs préoccupations, et au cœur de leur foi! Mais les Chevaliers de Colomb viennent également en aide à plusieurs causes et divers organismes de bienfaisance, souvent choisis par les épouses des membres.

Distribution de cadeaux (photo fournie par monsieur Yves Bergeron)

Distribution de manteaux (Raphael Marcotte)

Car s’il s’agit d’une fraternité masculine, les femmes et les enfants des membres sont très impliqués dans les diverses activités du groupe. Le pendant féminin des Chevaliers de Colomb, les Filles d’Isabelle (en référence à Isabelle de Castille, qui a financé le voyage de Colomb), s’est apparemment essoufflé au Québec. Mais à l’échelle locale ou régionale, on parle de redémarrer des groupes féminins, et on intègre de plus en plus les femmes, par exemple lors des activités de croissance spirituelle. Parce que la foi est indissociable de ce mouvement : si l’on a pu avoir l’impression, depuis quelques décennies, que le groupe était uniquement devenu un club social, ce relâchement n’a jamais été la volonté des dirigeants de l’ordre, et on constate maintenant un « réalignement » avec les valeurs d’origine chez les nouveaux membres.

L’an dernier, j’ai été édifiée par un témoignage que j’ai eu la chance d’entendre : celui de Daniel Duchesne, directeur suprême* (c’est-à-dire qu’il représente le Québec et le Canada au Conseil suprême international des Chevaliers de Colomb). Originaire de La Tuque, monsieur Duchesne a grandi dans une famille de 10 enfants, très pauvre. Lorsqu’il avait 6 ans, il a prié la Vierge Marie chaque soir, durant des semaines, pour la supplier d’envoyer de la nourriture à sa famille à Noël, pour que chacun puisse manger à sa faim. Or, un jour de novembre, des Chevaliers de Colomb sont arrivés chez lui chargés de boîtes de nourriture et de cadeaux! Les enfants en pleuraient de joie, et celui qui raconte cette histoire est devenu à son tour un chevalier pour redonner à sa communauté. Il a gravi peu à peu les échelons, jusqu’à occuper l’un des postes les plus importants au sein de l’ordre. Mais si cette histoire est émouvante, la foi de monsieur Duchesne, solide comme le roc, est encore plus bouleversante et m’a convaincue de la catholicité sincère de l’organisme.

Être un chevalier aujourd’hui

Dans ma région – la Mauricie -, il semble qu’un certain renouveau se manifeste au sein de plusieurs conseils de l’ordre. Celui de Grand-Mère, qui est l’un des plus importants conseils du Québec avec près de 1000 membres, a récemment accueilli une cinquantaine de jeunes. Les conseils les plus actifs, comme ce dernier, ont souvent l’avantage de posséder un immeuble abritant leur salle de réunion en plus d’autres services comme…un salon de bowling ou même un bar! La plupart des conseils, cependant, logent aujourd’hui dans des presbytères, des sous-sols d’églises ou d’autres locaux à vocation communautaire.

Qu’est-ce qui attire de jeunes hommes à vouloir être membres de ce groupe? Curieuse, j’ai interrogé quelques nouveaux chevaliers de Trois-Rivières.

Pour Raphaël, qui regardait d’abord ce mouvement avec suspicion sans toutefois le connaître vraiment, ce sont la charité active et les services rendus aux personnes dans le besoin qui sont venus le toucher. Lorsqu’il a vu des chevaliers venir en aide à une dame âgée qui avait tout perdu dans un incendie, il a été bouleversé. « Ce sont des hommes qui ont vraiment le cœur sur la main », affirme-t-il.

Pour Maxime, tisser des liens avec d’autres hommes catholiques était important : « Mon objectif était de briser l’isolement et de rencontrer des gens tout en étant au service de Dieu et des plus pauvres. Je trouve que c’est une chose très bonne, parce que ça m’a permis de rencontrer des frères dans le Christ qui sont aussi maintenant de bons amis. »

Cela ressemble au témoignage de Jean-Paul, originaire d’Afrique : « Lorsque je suis arrivé à Trois-Rivières, je cherchais à intégrer un mouvement de l’Église afin d’être plus actif dans la foi. […] J’intègre au travers de ce mouvement une communauté, une grande famille chrétienne qui participe activement à la vie religieuse du Québec. »

Cérémonie d’exemplification au Conseil 1001 de Trois-Rivières. De nouveaux membres se sont ajoutés depuis. Source : https://www.conseil1001.ca/

 

Mon fils de cinq ans me demande souvent : « Maman, est-ce que ça existe encore, les chevaliers? » Des chevaliers en cheval et en armure, pas vraiment…Mais des hommes qui possèdent des vertus chevaleresques, et qui viennent au secours des autres, oui! Pour en apprendre plus sur la signification des symboles de l’emblème des Chevaliers de Colomb, allez-voir cette page. La bravoure, le courage, la stabilité…de bien belles et bonnes choses! Quant à l’uniforme des membres, sachez que les chapeaux à plumes pittoresques sont récemment disparus au profit d’un béret militaire et d’un habit simplifié, même si l’épée et d’autres accessoires demeurent, du moins pour certaines occasions. Et qu’en est-il des rituels et des fameux codes secrets? Pour le savoir, vous devrez devenir membre, car je n’ai pas accès à ces informations!

 

*Pour lire une entrevue avec monsieur Duchesne et une partie de son témoignage, voir ce numéro du journal Il était une foi, écrit par des jeunes : https://unefoi.info/journal/2025-2026/05-janvier/2026_01.pdf

3 Commentaires

  • Raphael Marcotte
    3 janvier 2026 à 17 h 09 min

    Merci beaucoup Agathe, c’est un très bel article sur nôtre ordre!! Bien que tu n’ai pas accès à nos code et nos rituels, je tiens à te rassurer dans un esprit de transparence qu’aucune chèvre n’a été scandalisée dans nos assemblées!! Sans blague les code il n’y en as pas tant et rituels non plus , ils sont tout de même secret mais notre cri de ralliement lui ne l’est pas et tout chretien catholiques ou autre devrait l’avoir au lèvres matin midi soir et week end illimité: VIVA IESOU!!! Jesus est vivant!! Pax vobiscum

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  • fr. Denis, psf
    3 janvier 2026 à 17 h 09 min

    Excellent article, comme d’habitude!

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